Chelles rend hommage aux Justes et aux Déportés

DSC_1103

Ce dimanche 24 avril, avec mon équipe municipale, j’ai rendu hommage aux Justes et Déportés Chellois à l’occasion de la  journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation et du 71ème anniversaire de la libération des camps de concentration.

La matinée a débuté par une émouvante cérémonie devant le Monument Départemental de la Résistance et de la Déportation. Lors de ce rassemblement solennel, j’ai salué le courage des Résistants qui, au péril de leur vie, ont pris les armes pour combattre la funeste entreprise du régime nazi. J’ai également rendu hommage aux déportés, femmes, hommes et enfants, victimes de l’horreur la Shoah.

DSC_1122

Après cette cérémonie, je me suis rendu au Centre d’Art « Les Églises » pour inaugurer les expositions « Chellois, Justes et Déportés » et « Les Juifs de France dans la Shoah ». La première réalisée en partenariat avec le Comité Français pour Yad Vashem et la Société Archéologique et Historique de Chelles, retrace le lourd tribut causé par la seconde guerre mondiale et commémore les déportés Chellois. La deuxième nous est généreusement prêtée par le Mémorial de la Shoah et retrace la montée de l’antisémitisme et l’histoire des juifs de France de 1939 à 1945.

     DSC_1153

En cette journée, j’ai également rendu un hommage particulier à la famille Lederman-Sobol, déportée et disparue à Auschwitz-Birkenau et dont la maison, restée vacante faute de descendants, est devenue propriété de la ville. Ainsi, une partie des fonds issus de la vente de cette bâtisse a été versée au Mémorial de la Shoah et au Comité Français pour Yad Vashem.

Je remercie l’ensemble des Chellois présents lors de cette journée ainsi que les représentants des associations patriotiques et les membres de la Société Archéologique et Historique de Chelles. Cette mobilisation témoigne de leur attachement au devoir de mémoire et à l’histoire de notre ville.

Je salue également Monsieur Jacques Fredj, Directeur Général du Mémorial de la Shoah ainsi que Pierre-François Veil, Président du Comité Français pour Yad Vashem, que nous avons été honorés de recevoir et qui nous ont accompagné tout au long de l’élaboration de ces expositions.

J’invite tous les Chellois à les découvrir du 24 avril au 8 mai au Centre d’Art « Les Églises »,  Esplanade de la Légion d’Honneur.

Mardi et jeudi de 9h30 à 12h

Mercredi, vendredi, samedi, dimanche de 14h à 19h

Entrée libre

 

Je vous invite à retrouver ci-dessous mon intervention prononcée lors de l’hommage rendu aux victimes et aux héros de la déportation, devant le Monument Départemental de la Résistance et de la Déportation.

 

Nous sommes aujourd’hui solennellement rassemblés pour célébrer la mémoire de toutes les victimes et héros de la déportation dans les camps de concentration et d’extermination nazis.

Évoquer la déportation, l’extermination de masse, la Shoah, les trains et les camps est considérablement douloureux. Les mots sont lourds, chargés d’horreur, d’émotions et de larmes. Ils peuvent paraitre dérisoires face à la réalité de la tragédie. Ils sont pourtant notre seule arme, notre seule muraille face à la haine et à la violence.

Plus que tout autre conflit, l’homme a démontré durant la Seconde Guerre mondiale sa capacité de destruction. Enfermé dans la logique infernale de sombres idéologies, il fit preuve d’un déchainement de violence d’une ampleur  sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Mais la haine n’est pas née avec l’arrivée au pouvoir du dictateur nazi en Allemagne. Les racines du mal sont anciennes et terriblement fortes.

Ayons conscience, qu’avant même que la guerre n’éclate en Europe de l’ouest, des crimes monstrueux, ont été commis en masse en Asie par l’occupant japonais.

Ayons conscience qu’en Europe de l’est au début du XXème siècle, des pogroms ont causé la morts de milliers de juifs.

Alors que l’humanité venait à peine de sortir d’un terrible conflit mondial , dans différents pays de différents continents, les même massacres se sont déroulés. Avec les mêmes méthodes d’extermination. Avec cette folie criminelle de supprimer des peuples.

L’homme dans la première moitié du 20ème siècle a ainsi prouvé qu’il était capable de commettre les pires actes contre ses semblables.

De nombreux théâtres d’opérations ont été les lieux de massacres ou de bombardements intensifs. Et presque toujours ce sont les civils qui ont payé le plus lourd tribut. C’est une des tristes singularité de la Seconde guerre mondiale, les civils ont représenté une part prépondérante des victimes, dépassant largement les pertes militaires.

L’armée nazie est parvenue progressivement à occuper la plus grande partie de l’Europe, mettant à  genoux des puissances militaires telles que la Pologne ou la France en des temps records.

La terreur qui régnait alors en Allemagne s’est alors propagée à tous les pays tombés sous le joug nazi.

La répression touche rapidement les opposants politiques, les intellectuels, les résistants, les homosexuels ou encore les tziganes.

La haine s’est particulièrement abattue sur les juifs d’Europe. Déclenchée par le projet funeste du régime nazi, « la solution finale » s’appuya sur une organisation militaire et industrielle implacable pour appliquer leur extermination systématique.

Ils ont été dépossédés de tout, et jusqu’à leur humanité. Ils ont été déportés par wagons entiers, entassés comme du bétail. Ils ont été internés, triés, et très souvent assassinés.

Entre 1941 et 1944 en France, les Juifs, parmi lesquels 11 000 enfants, sont progressivement arrêtés ou raflés par la Police. Ils sont ensuite rassemblés dans des camps de regroupement comme celui de Drancy, puis déportés dans l’un des 80 trains qui se sont succédés vers Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Sobibor… et enfin assassinés dans les chambres à gaz. Une infime minorité en est revenue.

Dans un conflit mondial où la France et l’Europe ont été meurtries, Chelles a sa propre Histoire, et les Chellois leur vécu singulier.

Chelles, Ville paisible d’avant-guerre, a connu ses stigmates et son lot de bourreaux. Notre Ville n’a pas non plus été épargnée par l’acharnement des nazis. Ils ont ravagé la mairie, raflé et fusillé certains de nos concitoyens.

Notre Ville a aussi payé le lourd tribut de la déportation. Dans un instant nous citerons les noms de chacune de nos victimes. A chacun de ces noms correspond une histoire, un parcours de vie, des souvenirs au travers d’une école, un mariage ou un métier d’artisan ou de fonctionnaire. Chacun de ses noms a donc eu une résonance particulière au sein d’une famille chelloise, et peut être même parfois jusqu’à des petits-enfants vivant toujours à Chelles.

Nous le savons aujourd’hui, les crimes commis par les nazis, ne répondaient en rien à des objectifs militaires, mais ont été perpétrés par une horde cruelle pour assouvir la haine. Au contraire, les énormes moyens déployés pour exterminer ces enfants ces femmes et ces hommes l’ont été souvent au détriment de l’action militaire de l’armée nazie.

 Face aux crimes les plus odieux nous avons le devoir de nous souvenir.

Le sens de cette cérémonie commémorative est de perpétuer le souvenir des victimes et des héros de la déportation alors que les lieux où se sont déroulés les atrocités peuvent s’effacer avec le temps, comme le Vel d’hiv aujourd’hui disparu.

Des survivants de la Shoah sont encore en mesure de témoigner de la tragédie qu’ils ont vécu. Mais lorsqu’ils ne le pourront plus, d’autres devront prendre la relève.

Parce que le pire a eu lieu, parce qu’il se déroule encore sous nos yeux, au nom d’autres fanatismes, parce que le pire est toujours possible, notre mission, notre rôle n’est ni anodin ni négligeable. Cette noble responsabilité qui nous engage implique de notre part un investissement sans faille.

 Face à la haine nous avons le devoir de défendre nos valeurs.

Plus de 70 ans après, nous devons collectivement, transmettre nos valeurs léguées par les Lumières, ces valeurs de liberté, de tolérance, de fraternité, de démocratie, de partage, d’échange, pour que les futures générations puissent à avoir l’immense chance de grandir et de vivre dans un monde en Paix. Respectueux de chacun.

Puis ce sera à eux, d’en assumer à leur tour, pour les mêmes raisons, la transmission.Nous le devons aux victimes, à leurs familles, et à ceux qui ont tout fait pour empêcher ces crimes.C’est dans cet esprit que nous souhaité accueillir les expositions inaugurées dans quelques instant au Centre d’Art les Églises.

Le sens de nos cérémonies commémoratives est aussi de faire naitre l’espoir.

L’espoir, parce qu’un peu partout en Europe, face au déluge d’horreur, des femmes et des hommes ont sur se soulever. Ils n’ont pas accepté les crimes et l’injustice. En dépit des risques, ils ont su prendre les armes contre l’occupant, cacher des juifs et les protéger de la déportation. Certains ont su également désobéir à des ordres ou contrarier l’organisation nazie.

La dignité humaine est sortie vainqueur de son combat contre la terreur. L’oppresseur n’est pas parvenu, malgré sa brutalité, à faire taire la voix de ceux qui s’opposaient à son idéologie et ses terribles agissements. 

Aujourd’hui nous devons également penser à ces héros et à la force de leur courage.

Serge Klarsfeld, célèbre pour sa traque des criminels de guerre nazis, nous éclaire sur le sens de leur engagement :

Il a dit, permettez-moi de le citer :

« les Justes étaient des gens normaux qui accomplissaient des actes exceptionnels »

Chelles a aussi révélé de vrais héros, des citoyens ordinaires devenus résistants qui ont accomplis des actes exceptionnels. Il y eut notamment Henri-Joseph et Marie Dégremont, habitants des Coudreaux qui ont été reconnus « Justes parmi les Nations » pour avoir caché des Juifs pendant le conflit. D’autres anonymes ont fait preuve de courage en protégeant des juifs ou des résistants. Nous devons leur rendre un bel hommage, ils ont préservé l’honneur de notre pays et fait vivre l’espoir durant de longs mois de Guerre. Ils sont notre fierté.

En chaque citoyen attaché aux valeurs de la République, soucieux de préserver la liberté, réside l’espoir de l’humanité.